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le château de la Cumane

le château de la Cumane

Chateau de la Cumane

LE CHÂTEAU DE CUMANE

De ses origines à nos jours

Magnifiquement placé sur un promontoire, dominant la vallée de la Cumane et Saint- Marcellin, il embrasse un vaste panorama s’étendant jusqu’aux contreforts du Vercors.

A-t-il été construit sur une ancienne motte castrale ? ou sur l’emplacement d’une « Villae »romaine ? nous l’ignorons, mais le décor s’y prête...

Il est probable que la construction de la maison forte de Cumane ait été réalisée par la famille Du Vache entre la fin du 16ème et le début du 17ème siècle. En effet, lorsque Jean Du Vache acquiert les terres de Cumane en 1554, il n’est fait mention d’aucune construction. Il faut arriver à une reconnaissance, datée du 24 janvier 1618, de Jean Du Vache, fils du sus nommé, « conseiller du roi, maître ordinaire en la chambre des comptes du pays de Dauphiné, seigneur de la maison forte de Cumane... »

Origines du domaine

Il semblerait toutefois que ce lieu ait été occupé depuis longtemps : on relève d'ailleurs que :

« Dans l’église de Villeneuve de Roybon ce 29 octobre 1308, Jean II Dauphin du Viennois, alberge à Bertrand Tardin et ses enfants, les deux moulins delphinaux blanc et brun, qu’il avait fait construire sous un même toit, près du pont de Cumane, joignant la Maladrerie de St. Marcellin et de l’eau de Cumane, jusqu’à l’Isère, sous le cens de 20 sétiers froment, 40 d’avoine et 40 sols viennois bonne monnaie antique. Les habitants de St. Marcellin seront tenus d’y aller moudre leur blé. Le Dauphin fera faire les charrois des meubles et bois nécessaires et Tardin nourrira les charretiers. » ( Ulysse CHEVALIER- Regestre Dauphinois- Tome III- 17378 ) Voici donc une partie des terres du Seigneur de Beauvoir entre les mains de la famille Tardin de 1308 à 1408.

Les différents propriétaires

De 1408 à 1514, le domaine sera possédé par la famille d’Antoine Davalon, propriétaire également de la Tour de Cognin. Noble Pierre Davalon, successeur d’Antoine, albergera à son tour les eaux et fief de Cumane, en 1514, à Noble Antoine Blachain, seigneur de Plan-les Saint-Marcellin, « pour y construire, dans toute son étendue et cours, toutes sortes d’artifices sauf des moulins, sous la cens de deux sols. Contrat signé ALBY »

Ce sont Jeanne et Perrone Blachain, filles d’Antoine, qui vendront en 1554 à Jean Du Vache, les prés de Cumane et toutes les terres dépendantes du fief concédés par le Dauphin Jean II, par sa patente de 1308.

Nous voyons en ce Jean Du Vache, le constructeur du château de Cumane.

De Jean Du Vache, vivant en 1554, nous connaissons sept enfants dont nous ne retiendrons que :

-Jean Du Vache seigneur de l’Albenc, marié en 1594 à Philiberte De Lagrange, fille de Claude et de Dame de Garagnol. Il est tenu comme étant à l’origine de la construction du château de Cumane. Il décède à St. Marcellin le 30 11 1630, sans postérité légitime connue et instituera le fils de son frère Etienne son légataire universe.

-Louis Du Vache, seigneur d’Estables, conseiller au parlement, va hériter des moulins de Cumane. Il fut un des principaux négociateurs du parti protestant en Dauphiné.

-Etienne Du Vache avocat au baillage de St. Marcellin,marié à Guillaumette d’Arzac. D’après Auguste Favot, il aurait été propriétaire du château d’Hières dès 1605. Il décède le 17 août 1620. Il laissera de Guillaumette d’Arzac :

Jean, né vers 1583, baron de Château-Neuf de l’Albenc, seigneur de L’Albenc, Vatillieu, Monteynard, Cumane, président en la cour des comptes…Il hérite de son oncle Jean, mort en 1630. Il financera la construction du couvent des Récollets Il décède à l’Albenc le 6/12/1670 ne laissant de son mariage avec Gasparde de Monteynard qu’une fille prénommée Gabrielle.

Puis se succèderont à Cumane :

Joachim Du Vache, assesseur au baillage de St. Marcellin,frère d’Etienne, marié en 1624 à Sébastienne Mariane de Collomb. Il décède à St. Marcellin le 2 juin 1661

Aymond Du Vache, conseiller au parlement, fils de Joachim,marié en 1660 à Claudine de Simian Lacoste. On lui doit la construction de la chapelle du château dédiée à Notre Dame de Consolation et à St. François de Sales, ainsi que le puits profond de 73 mètres.

Jeanneton Du Vache née en 1667 fille d'mond. Elle épouse en 1684 Jean Joseph de Chambaran descendant d’une famille de verrier de Roybon. Elle hérite de Cumane à la mort sans postérité de son frère Etienne. Criblée de dettes Jeanneton Du Vache cédera le domaine de Cumane le 10 mars 1710 à la famille de Ruzan de Ronchives.

Joachim Antoine de Ruzan de Ronchives avocat au parlement de Grenoble, fils de Séraphin bourgeois de St. Marcellin et de Françoise Allard de Foncouverte. Il résidait à St. Marcellin, en la rue de Chevrière, dans la maison du Sieur de Foncouverte. Ses terres de Cumane seront exploitées par des grangers Il n’aura de son mariage avec Suzanne Basset qu’une fille Jeanne Françoise qui se fera appeler De Ruzan de Cumane.

Elle épousera le 2 mars 1725 Noble Pierre de Bouffier, sieur de La Valette, trésorier général des finances. Ils résideront à St. Sauveur où naîtront leurs quatre filles. C’est l’ainée Marie, née le 6 juin 1728 qui portera le domaine de Cumane à Noble Anthoine Dijon du Fer par contrat de mariage du 10 novembre 1753. Il prendra alors le titre de Dijon de Cumane.

Leur fils Jean-Baptiste Antoine Dijon de Cumane deviendra propriétaire de Cumane à la mort de sa sœur Françoise Marie en 1829. Officier de cavalerie, il fut anobli par Louis XVI et autorisé à ajouter à son nom :Seigneur de Cumane. Il fut conseiller municipal de St. Sauveur de 1821 à 1830. Il est mort au Château le 25 septembre 1830. De son mariage avec Françoise Amante Zoë de Rivière sept enfants naquirent à St. Sauveur.

Leur fille aînée Jeanne Zoë va épouser à St. Sauveur le 4 sept 1811 Louis André Rozier de Linage portant ainsi le domaine de Cumane à son mari. Deux filles seront issues de cette union :

Gabrielle, Jeanne Louise Céline qui va épouser à St. Sauveur en 1837 Alexis Augustin Vallier Colombier maire de St. Marcellin de 1822 à 1830, puis sous- préfet de 1830 à 1844. Il laissera son nom au Cours Vallier à St. Marcellin.

Louise Joséphine qui porterale domaine de Cumane à son mari par son mariage le 1er juin 1842 à St. Sauveur avec Jean-Baptiste Aimé Reynold de Sérézin, percepteur. Il sera maire de St. Sauveur de 1848 à 1856, date de sa nomination à la perception de Champier. Son épouse continuera à faire valoir avec autorité, la propriété de Cumane. Femme de caractère elle refusera le gîte et le couvert aux quelques soldats de Napoléon III venus se réfugier après leur défaite de Sedan au prétexte « qu'ils nous avaient fait perdre l'Alsace et la Lorraine ! ». Par vengeance, ces derniers mirent le feu aux dépendances …C’est suite à ce sinistre que fut creusé le bassin en forme de haricot et alimenté par un astucieux système de roue de pêche..

Ruinés, les De Sérézin vont vendre Cumane le 13 décembre 1882 à Emile Hoffherr descendant d’une famille de brasseurs alsaciens.

C’est la santé de son épouse, Eugénie Barbe, née Gogelin qui avait décidé M. Hoffherr à venir s’installer à la campagne. En effet, atteinte de tuberculose le corps médicale avait conseillé à Mme Hoffherr le grand air et de passer quelques heures par jour dans une étable pour inhaler l’odeur du fumier de vache : procédé sensé lui dégager les bronches ! Par peur des vaches, Mme Hoffherr demanda à ses domestiques de lui monter chaque soir dans sa chambre, quelques bennes fumantes et odorantes de cette précieuse médication…Mme Hoffherr est morte à St. Sauveur le 30 octobre 1890, âgée de 37 ans.

Deux filles seront issues de ce mariage, Georgette, née le 9 juin 1875 et Marguerite, née en 1876.

Emile HOFFHER, mettra au point, à St. Sauveur, quelques lotions et élixirs de sa composition, et déposera auprès du greffe du tribunal de St. Marcellin, entre 1902 et 1905, ses « marques de fabrique ». Il élaborera et commercialisera en particulier ses Eaux de vie de mirabelle, Noah-Brandy, Auto-Brandy...

Georgette Hoffherr va épouser à Boufarik Charles Debono, fils ainé de Charles et d’Eugénie Martin, propriétaires en Algérie d'un vaste domaine viticole. Après la mise en vente en 1907 de cette vaste propriété, Charles et Georgette rentrent en France et s’installent dans la propriété d’Emile Hoffherr à Cumane.

A la mort de M. Hoffherr, en 1910, le château et les terres de Cumane passeront donc à la famille Debono.

Charles Debono, né à Boufarik le 25 octobre 1872, à été maire de St. Sauveur de 1914 à 1935. En 1920, il fut désigné Président de l’Office Agricole de l’Isère et fonda avec son ami Léon Perrier, la Chambre d'Agriculture. Il fut également le fondateur de la Caisse de Crédit Agricole régionale de Grenoble et de la Fédération des producteurs et négociants en noix de Grenoble. Il sera promu Chevalier de la Légion d’Honneur et Officier du Mérite Agricole en 1936. Administrateur dynamique, il installa dans toutes les maisons de la commune la distribution d’eau potable, par captage des eaux de sources de St. Vérand, en 1932 ainsi que l’électrification de Saint-Sauveur et des communes environnantes à partir de 1927.

De son union avec Georgette Hoffherr naquirent :

- Charles Emile, né à Boufarik le 10 janvier 1901

- Ennemonde Jeanne Madeleine, née à Boufarik le 13 juillet 1902

- Edmond Georges Michel, né à Boufarik le 1er février 1904

- Liliane Julie Marie, née à Boufarik le 26 septembre 1906 épouse de Louis Saccardy

- Georges Victor Raoul né à St. Sauveur le 15 février 1910.

C’est son fils Edmond, marié à Yvonne Lorriaux, qui lui succédera à la tête du domaine de Cumane, en 1963. Il présidera également aux destinés de la commune dont il a été le premier magistrat de 1944 à 1953.

Très impliqué dans les activités agricoles au niveau départemental, Edmond Debono reçut, en mars 1987, les félicitations du Premier Ministre, Jacques Chirac, au salon de l’agriculture à Paris.

Edmond Debono, décédé en décembre 1995, laissera à Nicole et Hugues, ses enfants, la douloureuse mission de se séparer de cette demeure, berceau de leur famille depuis quatre générations

A l’aube de ce 21ème siècle, le domaine de Cumane va, une nouvelle fois changer de propriétaire. Jean-Marie Laborde et son épouse vont entreprendre, avec beaucoup de rigueur, de patience et surtout de passion, un remarquable travail de restauration afin de redonner à cette maison forte, aux tuiles vernissées, flanquée de deux tours carrées, tout le lustre voulu par Noble Jean Duvache, sous le règne d’Henri IV.

(Extrait d’une étude sur les maisons fortes de St. Sauveur et leurs différents propriétaires)

St. Sauveur, le 15 juin 2008 P. et M. Hendboëg

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