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La maison forte du Coupier

La maison forte du Coupier

La maison forte du Coupier

Après avoir présenté successivement les maisons fortes de Cumane, du Perron et des Pangots, nous voici arrivés au terme de notre voyage. Nous allons, cette année, clore cette série en essayant de retracer l'origine de cette quatrième et dernière Maison Forte de Saint Sauveur et de retrouver leurs différents occupants.

Terre des Bérenger, Prince du Royans, rattaché au mandement de Beauvoir, notre Coupier restera propriété de cette famille après que Raymond Bérenger, Seigneur de Pont en Royans eut cédé son château de Beauvoir au Dauphin Guigue VII en 1251.

Nous apprenons en effet, par acte daté du 30 juin 1328 que Gilet Copier reçoit d'Henri Bérenger, Seigneur de Pont en Royans, une Maison Forte ainsi que la juridiction des terres sises à Saint Sauveur. Ce domaine prendra par la suite le nom de son possesseur pour arriver jusqu'à nous sous l'appellation : Le Coupier. C'est le plus ancien anthrotoponyme (nom de lieu issu d'un nom de famille) que nous avons relevé aux Archives Départementales de l'Isère. Cette famille est déjà citée dès l'an 1242. Anne Dauphine, épouse d'Humbert 1er Baron de la Tour du Pin avait inféodé en 1280 la Maison Forte de la Grange (actuel château de Saint Romans) à Pierre, Hugues et Etienne Copier.

Après la vente du Dauphiné à la France le 30 mars 1349, les possessions d'Humbert II deviennent propriété royale et Philippe VI de Valois installera à Beauvoir un châtelain...

Par lettre du 19 octobre 1448, le Dauphin Louis II (futur roi Louis XI) fait don à Jean Copier, sa vie durant, de la châtellenie et de la terre de Beauvoir (comprenant notre Coupier) en récompense de ses services, à charge de faire au château les réparations nécessaires. Cela n'empêchera pas Louis XI, dès son avènement au trône en 1661, de poursuivre ce même Jean Copier, comme criminel de lèse majesté et de confisquer tous ses biens. Jean Copier, marié à Cécile de Bérenger, meurt dans les prisons de la Porte-Traine à Grenoble.

Par contrat daté du 28 septembre 1521, François 1er va vendre à Glaude d'Yseran, le Château de Beauvoir, les terres et seigneuries, le Coupier de Saint Sauveur, sans y comprendre la forêt de Claix. Le 8 août 1594, Jean d'Yseran, marié à Lucresse de La Porte, vendra à son tour la seigneurie et juridiction de Beauvoir, comprenant le Coupier de Saint Sauveur et partie de Saint Pierre de Chérennes, à Jean Gilbert de Verdun, pour le prix de 2 084 écus, 9 sols et 6 deniers. Originaire de Saint Marcellin, Jean Gilbert de Verdun faisait partie des nobles. Il avait adjuré la religion catholique et commandait plusieurs régiments de Huguenots sous Lesdiguières vers 1574. Pretexte pour piller et s'enrichir à bon compte, ces guerres de religion vont permettre au sieur de Verdun, devenu riche et puissant, de s'offrir les seigneuries de Beauvoir et du Coupier en 1594 ainsi que celle d'Armieux (Saint-Gervais aujourd'hui), en 1601, Jean Gilbert de Verdun décède en 1603, Françoise de Glane de Cugie, sa veuve, héritera de tous ses biens et les transmettra à sa fille Françoise.

Françoise Gilbert de Verdun épouse le 25 juillet 1624 Henri de Garagnol, vibailly de Saint-Marcellin. Dans la corbeille de mariage elle porte à son époux les seigneuries d'Armieux, de Beauvoir et la maison forte du Coupier. Rendez-vous de chasse, notre Coupier va accueillir de prestigieux personnages : Guichard Déagent, premier président de la cour des comptes, personnage ambitieux, proche de Henri IV puis de Louis XIII, Monsieur de Rostaing, Monsieur de Golat, Madame de Sainteras, Laurent de Garagnol, frère d'Henri…

De plantureux repas leur seront servis dans la grande salle à manger du Coupier : du perdreau en capilotade,du poulet, du lapin, une épaule de mouton en hachis, une salade d'herbe, un plat de figues et autres vils oiseaux (extait des archives de Madame Raynaud de Prigny).

C'est à Nicolas Melchior de Garagnol, fils ainé d'Henri et de Françoise Gilbert de Verdun, qu'échoient l'ensemble des biens de cette famille. Vil personnage, il avait était privé de ressources par son père dès 1665. Grevé de dettes pressantes, il va chercher, dans un riche mariage, à se soustraire de cette mauvaise passe. Une belle fortune était à sa porté en la personne de Marguerite Armet de Bon Repos, veuve de Bertrand de Murinais, la Balme, Buissonrond. Il va réussir dans son entreprise et obtenir la main de cette riche héritière en 1669. Il put ainsi payer toutes ses dettes, acheter la châtellenie de Saint Marcellin et obtenir la charge de vibailly. Madame de Murinais, profondément affectée par l'attitude de son époux, se retire à Grenoble dans l'hotel de sa fille Thérèse de Joufray. C'est là qu'elle décédera en 1681. Apprenant qu'elle est sur le point d'expirer, Nicolas Melchior de Garagnol se précipite dans l'appartement, enlève tout ce qu'il peut, or, argenterie, papier, et avec l'aide d'un serviteur, s'empare d'un coffre contenant des bijoux et des papiers importants.

Une fille, Anne-Marie, née le 31 août 1671 était issue de ce drôle de couple. Elle hérite de l'ensemble des biens et les porte à Jacques de Beaumont qu'elle avait épousé le 4 avril 1689. Ce dernier rend hommage au Roi pour la terre de Beauvoir en Royans, de la coseigneurie de Saint Laurent et de la Maison Forte du Coupier. Quatorze enfants seront issus de cette union, dont onze entreront en religion. Leur fils ainé, Melchior Antoine, écuyer, lieutenant au baillage de Saint Marcellin, puis gouverneur de cette ville, hérite des biens de ses parents et réside le plus souvent à Saint Marcellin, dans son château au dessus de l'église.

Nous le retrouvons quelques fois au Coupier où il s'est réservé un appartement. Nous reproduisons un extrait du bail de grangeage, signé le 4 août 1759 par Melchior de Beaumont avec Jean Uzel laboureur de Saint Sauveur. «Le dit Seigneur, Antoine de Beaumont, seigneur de Coppier dans Saint Sauveur et autres lieux, conseiller du roi, a donné à titre de grangeage et la moitié fruit à Jean Uzel, laboureur à Saint Sauveur, le domaine qu'il possède dans la paroisse de Saint Sauveur, appelé le Coppier, avec toutes les dépendances autres que la pigeonnier, les bois, l'écurye des chevaux, du carrosse, grainier à foin qui est au-dessus, et la petite remise... Le Seigneur se réserve l'appartement au premier étage. A coté de la porte d'entrée de la cuisine, il y a une porte qui communique au dessus de l'escalier pour monter aux appartements réservés au Seigneur de Beaumont...» Ce document donne une description méticuleuse du bâtiment, des dépendances, du mobilier, four, puits, cultures, cheptel...etc. «Le dit Uzel se charge également de trente et un moutons et une brebis, de trois cochons, deux paires de boeufs, vingt poules et un coq... Il devra en outre payer cinq cent cinquante livres, ainsi accepté et convenu dans le château du dit Seigneur, à Saint Marcellin, en présence de sieur Alexandre Robin praticien et Edmond Cellier cocher du dit Seigneur de Beaumont. Signé Gonnet notaire royal».

Melchior Antoine de Beaumont ne verra pas la Révolution. Il décéde en 1779. Sa veuve, Anne de Garnier laissera à son neveu, Antoine Joachin de Canel, la gestion de ses biens. Pendant la période révolutionnaire, de Canel va émigrer et ne reviendra pas à Saint Romans. Ses biens furent mis sous séquestre et les revenus furent perçus au profit de la nation.

Le Coupier va devenir, après la Révolution, propriété de la famille Glénat de Saint Romans. Etienne Noë Glénat est né à Saint Romans le 23 décembre 1758. Il épouse à Beauvoir en Royans, le 7 juillet 1784 Marie-Anne Vignon. Il est décédé au Coupier le 24 mai 1838. Sa descendance va donc se partager le domaine et nous allons suivre plus particulièrement ceux qui ont résidé au Coupier.

1er - Joseph Etienne André Glénat est né à Beauvoir le 6 juin 1785. Il épouse à Saint Romans, le 21 janvier 1806 Marie-Jeanne Darnot dite Thérèse. Il décédera au Coupier le 14 novembre 1852. Sept enfants seront issus de cette union dont nous ne retiendrons que :

- Etienne Joseph Glénat né à Saint Sauveur le 10 janvier 1808, marié à Marie-Alexandrine Teste. Il décède au Coupier le 26 mars 1896. Nous lui connaissons deux enfants:

• Marie Lucie Célina Glénat, née le 3 janvier 1849, mariée à Joseph Constant Macaire.

•Turenne Auguste Glénat né à Saint Sauveur le 7 janvier 1845, décédé au Coupier le 30 décembre 1932. Il avait épousé, le 8 septembre 1881, à Saint Sauveur, Agathe Joséphine Mathieu. Trois enfants seront issus de ce mariage et resteront au Coupier :

♦ Félicie Glénat, née le 8 janvier 1883, mariée à Albert Léon Ferrouillat, parents de Marthe Rony, qui réside toujours dans la maison de ses ancêtres.

♦ Marcellin Auguste Glénat né le 15 janvier 1887 à Saint Sauveur, célbataire.

♦ Laurence Marie Glénat, née le 26 juin 1895 à Saint Sauveur, célibataire.

2ème - François André Glénat né à Saint Romans le 22 août 1793. Il épouse à Saint Sauveur le 10 mai 1826, Thérèse Zoë Caillat. Cinq enfants seront issus de cette union dont nous retiendrons que

• Lucien Eugène Glénat né le 24 janvier 1835 à Saint Sauveur, marié à Augustine Cheylus. Il a été maire de la Commune et président du conseil de fabrique.

3ème - Louis Glénat marié à Marie-Françoise Glénat-Perrat dont la fille Laurence Eugénie épouse à Saint Sauveur le 13 février 1843, Victor Joseph Menéroux.

Quate familles se partagent aujourd'hui cette très ancienne demeure : Marthe et Alain Rony, Christine et Frédéric Reynaud, Lydie et Frédéric Ratajczyk, Marie et Hubert Rollin.

Extrait d'une étude sur les maisons fortes de Saint Sauveur.

P. et M. Hendboëg - septembre 2009

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