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Les Moulins de Saint Marcellin

Les Moulins de Saint Marcellin

Les Moulins Delphinaux de Saint Marcellin

Leur origine et les différents propriétaires

Situés au pied de la rue du Faubourg Vinay, sur la rive droite de la Cumane, ils ont donné leurs noms à une petite rue permettant d’accéder à ces vieux bâtiments.

Nous relevons dans le « Regeste Dauphinois » d’Ulysse CHEVALIER, tome III- 17378

« Dans l’église de Villeneuve de Roybon ce 29 octobre 1308, Jean II, Dauphin du Viennois, alberge à Bertrand TARDIN et ses enfants, les deux moulins delphinaux blanc et brun, qu’il avait fait construire sous un même toit, près du pont de Cumane, joignant la maladrerie de St. Marcellin et de l’eau de Cumane, jusqu’à l’Isère, sous le cens de 20 sétiers froment, 40 d’avoine et 40 sols viennois bonne monnaie antique de plaid à mutation de seigneur direct. Les habitants de St. Marcellin seront tenus d’y aller moudre leur blé. Le Dauphin fera faire les charrois des meubles et bois nécessaires et TARDIN nourrira les charretiers. ».

A gauche, les moulins de Cumane albergés par le Dauphin Jean II, à Bertrand Tardin en 1308

La famille Tardin s’éteindra par la mort sans postérité de Jean Tardin en 1408. C’est la famille de Noble Antoine d’Avalon (propriétaire également de la Tour de Cognin), qui possèdera les moulins et terres de Cumane de 1408 à 1514. Sans héritier mâle, cette famille tombera en quenouille en la personne d’Alix d’Avalon marié à Guillaume de Viennois, (descendant d’ Amédée de Viennois, fils naturel du Dauphin Humbert II.)

Ces moulins seront ensuite, pendant quarante ans possédés par la famille d’Antoine Blachin. Ce sont ses filles, Jeanne et Perronne Blachin, qui vendront en 1554, les terres de Cumane, à Jean Duvache.

Un procès va opposer Louis Duvache, seigneur d’Establet conseiller du Roi et frère de Jean Duvache, propriétaire de Cumane, à Claude de La Porte, Seigneur de l’Arthaudière, marié à Louise Prunier de Saint-André, au sujet des eaux de Cumane et des moulins de Saint-Marcellin. Pour faire tourner ses moulins et son battoir à chanvre, Louis Duvache avait détourné une partie des eaux de la rivière en amont des vieux moulins de Falavel appartenant au seigneur de l’Arthaudière. Une transaction irrévocable, promis et juré en prêtant serment sur les Saintes Lettres passée le 2 novembre 1598, mettra un terme à ce différent.

En 1742, ces moulins appartiennent à Messire Aymar Phélicien de Boffin, seigneur de la Sône. Le 19 juillet 1789, Fleury Perier se rendra acquéreur des moulin et battoir à chanvre appartenant à Pierre Georges Félicien de Boffin , comte de Puzinieux.

En 1901, Jean-Baptiste Vernay associé à Garin, va installer dans ces bâtiments une fabrique de poils pour chapellerie. Le réservoir d’eau et la roue de pêche des anciens moulins serviront à faire fonctionner ses machines à couper et à souffler les poils des peaux de lapins. Bien modeste concurrente de l’usine des peaux de lapins de Saint-Marcellin, dirigée par Vjctor Pinay, la qualité des produits Vernay va permettre à cette petite manufacture d’exporter en Italie, en Angleterre et même en Amérique !

En 1919, Emile JAYET rachètent les bâtiments pour installer une usine de tissage. Près de 40 métiers vont fonctionner grâce au canal de dérivation des eaux de Cumane faisant tourner « la roue de pèche ». Les fils pour la chaine ou pour la trame, viennent de Lyon et de l’Ardèche. Les fils de soie naturelle viennent principalement de Chine et du Japon, livrés par les grossistes lyonnais. On y pratique un tissage mixte principalement pour le crêpe de chine, le satin, le crêpe Georgette et la toile de soie. On fait aussi quelques opérations de moulinage (torsion et réunion de fils). Ce sont surtout les commissaires lyonnais qui achètent le tissu pour une clientèle de Paris, Londres et le Canada. Son frère Jean-Marie, marié à Elise PETINOT de Saint-Romans, est gareur à l’usine de tissage Laurent à la Sône. Il viendra seconder Emile en 1920.

De nombreuses Saint-Salvériennes ont travaillé dans cette usine, comme tisseuses ou ourdisseuses : Gabrielle BUISSON, Marie-Louise et Reine CHAMPON, Marie-Joseph REBATEL, Blanche FERROUILLAT…pour n’en citer que quelques unes

En 1935, Emile JAYET cède ses bâtiments de la rue des moulins à la fromagerie VEYRET-BOUCHER d’Izeron. Il part pour la Colombie où il sera accueilli à Barranquilla par la Société Française d’Entraide Mutuelle. Dès 1938, il rejoindra Bogota et en 1944 sa première usine de tissage tournera jour et nuit au centre de la capitale. En août 1945, son neveu Louis, fils unique de Jean-Marie et Elise Pétinot, viendra le seconder et une seconde usine sera très rapidement construite….

A la tête d’une jolie fortune, Emile JAYET va rechercher une belle demeure dans la région de Saint-Marcellin. Il achète le 2 septembre 1949, le Château Blanc, propriété de Jules Eugène ROUSSET. Il y installera sa belle sœur Elise, veuve depuis deux ans et y fera également de fréquents séjours lors de ses nombreux déplacements en France pour acheter dans la Loire et à Voiron, ses métiers à tisser le velours.

LE CHÂTEAU BLANC

Archives de la famille JAYET, photo prise en 1950

Ce bâtiment a été construit à la fin du XIXème siècle par Pierre BLANC (d’où le nom du château), officier de cavalerie, né à Saint-Marcellin le 6 juin 1829, et demeurant quartier de la Plaine. Lieutenant des Dragons, Officier de la Légion d’Honneur, Pierre BLANC avait acheté le 23 mai 1878, pour le prix de quatre mille cent francs

Nous avons dit précédemment qu’Emile JAYET avait cédé son usine de la rue des moulins à la fromagerie de Joseph VEYRET-BOUCHET d’Izeron, fondée en 1910 et dirigée depuis 1932 par ses deux filles, Marie-Thérèse et Rose-Andrée. Elles transfèreront leur fabrication à Saint-Marcellin dans les années 1935/1936. Par le mariage de Rose Andrée VEYRET avec Louis VEILLEUX, cette fromagerie prendra par la suite le nom de VEYRET-VEILLEUX. Différents propriétaires vont alors se succéder à partir de 1980. Nous retrouvons en 1984 la fromagerie TERRIER … et en 2005 le groupe Intermarché, propriétaire des bâtiments, mettra un terme à la dernière fromagerie fabriquant du saint-marcellin à Saint-Marcellin.

Marques déposées au greffe du tribunal civil de Saint-Marcellin le 24 mai 1939

Paulette et Maurice HENDBOËG - octobre 2010

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